Montréal est comme un village dans ce vaste continent. Le canal Lachine, les magnifiques halles du marché Atwater, le Saint-Laurent donnent à la ville un cachet presque « authentique », une gageure de ce côté de l'Atlantique ! Des petites rues piétonnes sans un bruit parviennent à faire oublier que l'on est dans la plus importante ville du Québec, où réside - à défaut de vivre - près d'un Québécois sur deux. Des vélos sur les quais, des usines désaffectées reconverties en lofts, quelques vraies boulangeries, il y a en apparence une qualité de vie supérieure à celle des cousines Toronto et Nouvelle-York.
Certains quartiers près de l'eau offrent aux passants curieux des ruines plaisantes et intactes de la Nouvelle-France. Elles sont même trop belles pour les touristes, on ne vient pas en Amérique du Nord pour la pierre mais pour le ciment. Les villes de ce continent n'ont jamais d'histoire, elles sont en perpétuelle mutation. Si un bâtiment tombe, on reconstruit dessus. Indéfiniment, croyait-on. Tout doit être fonctionnel, pratique et peu viable. Pour une installation internet chez vous, préparez-vous psychologiquement à ce que vos murs ressemblent en moins de cinq minutes à une tranche d'emmental. On ne réfléchit pas avant de faire un trou. Internet, c'est un gros fil qui longe vos murs et qui sort dans la rue pour rejoindre le pilier électrique. Le même principe que l'antenne qui sort du tram. L'hiver, ça fait perdre de la chaleur, imaginez. Peu importe, on chauffe un peu plus. L'installation est dégueulasse, visible, pas esthétique pour un sou (hors taxes). Mais ici, l'esthétique, rien à palucher. Une fois internet et son câble odieux installé dans votre doux foyer foré, vous réalisez que la wifi est en option. Une conseillère au lexique appris par cœur vous indiquera le prix, hors taxes. Vous mettrez trois quarts d'heure à pied pour vous rendre à la zone industrielle la plus proche afin d'acheter un routeur. Vous désirerez également prendre un téléphone fixe, le moins cher possible. Vous découvrez alors que le téléphone le moins cher se vend par lot de deux. Une vague de nostalgie immense pour la Freebox vous fait frissonner.
Ici, vous ne pourrez JAMAIS passer une journée sans sortir votre fric. Les formats sont toujours trop gros, encourageant le gaspillage et les repas préparés n'importe comment n'importe quand. Vous trouvez effectivement du jus d'orange au galon, mais pas du bon, pas du « bio », de l'infâme concentré qui vous fait chier mauvais. Le pain n'a pas de goût MAIS on peut l'acheter au kilo, sous blister. La qualité est en revanche hors de prix. Soudain, vous prenez conscience que le brocolis est un produit de luxe. Votre rectum souffre d'une hémorragie à la simple évocation de légumes dignes de ce nom. Il y a bien des marchés avec des produits frais, mais le rythme de vie ne permet pas d'y aller - dans le cas le plus optimiste - une fois par semaine. Et si vous n'avez pas de voiture en Amérique du Nord, mieux vaut vous résoudre à faire votre magasinage chez Walmart. Résignez-vous à ne manger correctement que pendant vos vacances au bled. Le site internet de Picard me procure plus de sensations que la plus dégueulasse et épilée vidéo lesbienne de MyPornMotion. [ils sont pas terriblement fins, musclés et aguicheurs ces brocolis ?]
Certains quartiers près de l'eau offrent aux passants curieux des ruines plaisantes et intactes de la Nouvelle-France. Elles sont même trop belles pour les touristes, on ne vient pas en Amérique du Nord pour la pierre mais pour le ciment. Les villes de ce continent n'ont jamais d'histoire, elles sont en perpétuelle mutation. Si un bâtiment tombe, on reconstruit dessus. Indéfiniment, croyait-on. Tout doit être fonctionnel, pratique et peu viable. Pour une installation internet chez vous, préparez-vous psychologiquement à ce que vos murs ressemblent en moins de cinq minutes à une tranche d'emmental. On ne réfléchit pas avant de faire un trou. Internet, c'est un gros fil qui longe vos murs et qui sort dans la rue pour rejoindre le pilier électrique. Le même principe que l'antenne qui sort du tram. L'hiver, ça fait perdre de la chaleur, imaginez. Peu importe, on chauffe un peu plus. L'installation est dégueulasse, visible, pas esthétique pour un sou (hors taxes). Mais ici, l'esthétique, rien à palucher. Une fois internet et son câble odieux installé dans votre doux foyer foré, vous réalisez que la wifi est en option. Une conseillère au lexique appris par cœur vous indiquera le prix, hors taxes. Vous mettrez trois quarts d'heure à pied pour vous rendre à la zone industrielle la plus proche afin d'acheter un routeur. Vous désirerez également prendre un téléphone fixe, le moins cher possible. Vous découvrez alors que le téléphone le moins cher se vend par lot de deux. Une vague de nostalgie immense pour la Freebox vous fait frissonner.
Ici, vous ne pourrez JAMAIS passer une journée sans sortir votre fric. Les formats sont toujours trop gros, encourageant le gaspillage et les repas préparés n'importe comment n'importe quand. Vous trouvez effectivement du jus d'orange au galon, mais pas du bon, pas du « bio », de l'infâme concentré qui vous fait chier mauvais. Le pain n'a pas de goût MAIS on peut l'acheter au kilo, sous blister. La qualité est en revanche hors de prix. Soudain, vous prenez conscience que le brocolis est un produit de luxe. Votre rectum souffre d'une hémorragie à la simple évocation de légumes dignes de ce nom. Il y a bien des marchés avec des produits frais, mais le rythme de vie ne permet pas d'y aller - dans le cas le plus optimiste - une fois par semaine. Et si vous n'avez pas de voiture en Amérique du Nord, mieux vaut vous résoudre à faire votre magasinage chez Walmart. Résignez-vous à ne manger correctement que pendant vos vacances au bled. Le site internet de Picard me procure plus de sensations que la plus dégueulasse et épilée vidéo lesbienne de MyPornMotion. [ils sont pas terriblement fins, musclés et aguicheurs ces brocolis ?]
Montréal donne parfois l'impression d'être une ville d'Europe. Si vous vous promenez sur le plateau du Mont-Royal, vous longerez des maisons anciennes aux volets multicolores. Mais les rues, bien qu'interminables, débouchent toujours sur une intersection avec des commerces, une foule silencieuse mais aveugle ; n'attendez jamais que quelqu'un bouge pour vous esquiver. La fureur de la consommation viendra toujours foutre en l'air vos aspirations au calme. La taille des voitures vous rappellera que vous n'êtes pas en France mais sur une terre où tout est plus gros, plus cher, plus con. Le plateau est propre, piétonnier, vegan et vous pourrez trouver une épicerie fine tous les cent mètres. Curieux, pour une ville où l'hiver est réellement glacial. Où les gens achètent-ils donc leur « vraie » nourriture ? Le bobo est-il si adapté à la vie moderne pour pouvoir survivre à -30° C avec une simple assiette de pousses de soja ? Où sont les vrais commerces ? Où aller pour acheter des clous, des intercalaires, des patates, des packs de lait, des magnets, une ventouse, un balai, tous les accessoires indispensables à un vrai lieu de vie ?
Quittez les quais du Saint-Laurent avant de vous enfoncer dans le Centre. Les bâtiments de verre, les sièges des banques et compagnies d'État vous offrent un écrin au milieu des centres commerciaux identiques et immenses. Sur la rue Sainte-Catherine, il y a un Starbucks tous les deux cents mètres. Les Asiatiques se délectent du « chow-ping » sans fin, avec un cornet de glace, un donut ou un macchiato. On s'amasse pour consommer à un prix exorbitant des chaussures en faux cuir, bonnes à jeter dès les premiers flocons de neige et les cristaux de sel qui vont avec, des pulls en acrylique, du synthétique, du plastique, des kilos de polyester sous forme textile chez Zara, des épilations au laser, des poses de faux ongles "chrono", des bracelets qui laissent le poignet bleu sitôt portés. Des pharmacies sur trois étages proposent du shampoing, des barres chocolatées, des bibelots, des confiseries de Pâques dès février et des bottes de Noël dès octobre. On peut y acheter sa lessive, le choix est impressionnant. Sans avoir à quitter votre buanderie, vous pourrez vous délecter de cerise, vanille, lavande, « odeur fraîche », « senteur d'eau », « protéine de perle » et autres noms marketés. Le rayon de chips se compte en dizaine de mètres. Là aussi vous en aurez pour tous les goûts : barbecue, échalote (=oignon français en parlé local), moutarde, crème, paprika, fraise (!).
Une fois passée l'euphorie des premières semaines, propre à cette espèce qui est l'expatrié (dites l'exilé pour un rendu plus lyrique et souffreteux), on commence à se fatiguer de cette vie facile, finalement pas bien différente de celle qu'on a quitté avec fracas et panache (après avoir demandé la permission à une ambassade). Certes l'administration est moins inefficace qu'au pays, il y a toujours de la place pour se garer, les cours à la fac sont disponibles en ligne, sur un site très bien foutu, les professeurs répondent aux courriels, les gens ont un accent aussi sympathique qu'épuisant et on ne se choque même plus de laisser un pourboire obligatoire aux serveurs, quand on prend de la bouffe à emporter. L'absurdité fait partie du décor, que ce soit dans les traductions à l'arrache sur les pots de nourriture liquide indéterminée et indéterminable, les « merci - bienvenue », « je suis supposé de », « tomber en amour », « vous voulez-tu », la ringardise des coiffures et du maquillage des yeux, le niveau catastrophique de la variétoche, celui des débats « politiques » où les adversaires se tutoient. Pays médiocre de gens médiocres, avec toutefois assez d'argent pour faire mouiller l'expat' français, qui adore au Québec ce qu'il haïssait à longueur de statuts Facebook au bled. Ici, peu importe que le système médical soit encore plus "socialiste" et bordélique qu'en France, on est de l'autre côté de l'Atlantique DONC c'est mieux. On règle son pécul avec des dollars canadiens, pas avec des euros, ça suffit pour se transformer en Indiana Jones du XXIe siècle. À brasser du vent, on ne gagne pas 3000 euros mais 6000 dollars, de quoi acheter une maison en plâtre et un 4x4 à crédit. Impossibilité de rencontrer quelqu'un qui a un vrai boulot, ou une activité professionnelle autre que larbin de cadre et ses dérivés multiples (vendeuse de smoothies pour cadres, vendeur de chaussures pour cadres, livreurs de pizzas pour cadres, femme de ménage de bureaux de cadres, gardienne d'enfant unique de cadre, réceptionniste d'hôtel pour cadres...).
Ici, c'est le règne de la voiture ce qui, ce n'est pas paradoxal, rend les rues très silencieuses. Un silence presque angoissant. Tout le monde a, sans se fatiguer ni lutter contre des éléments pourtant hostiles, plus que le minimum vital. Pourquoi se parler et s'aider alors ? Oubliez votre salon qui se transforme en dépotoir du vendredi au dimanche soir. Les gens ne se reçoivent pas chez eux.
Le féminisme a coupé toutes les couilles et épilé tous les torses ; si une belle femme passe dans la rue, personne ne se retourne sur son passage. On ne voit pas les sexes, ni la beauté, ni la connerie de l'existence. Les adolescents ne jouent plus à la séduction, les jeunes garçons ne parlent pas de filles, mais les filles parlent des garçons comme de jouets. On ne dit plus « mademoiselle » depuis longtemps. On appelle « madame » des petites filles qui se maquillent et des vieilles dames qui liftent leur visage. Les femmes qui se marient ne prennent pas le nom de leur époux. Les professeurs reçoivent leurs étudiants avec la porte ouverte, preuve que le harcèlement ne sera pas toléré dans ce pays exemple de la sociale-démocratie.
L'Amérique du Nord, c'est aussi un bon test pour déterminer qui est vraiment en opposition contre ce système. Ici, tous les étudiants altermondialistes - en France - ne trouvent rien à redire au gaspillage permanent, aux courgettes emballées par deux, au camion-neige qui passe dans la rue même quand il n'y a pas de neige, à la chasse d'eau qui se déclenche automatiquement, au métro surchauffé l'hiver. Ce même métro aux écrans plasma qui font défiler des non-nouvelles tout au long de la journée. L'« actu » se résume à des conversations molles à Québec sur l'énième amendement d'une loi de lutte contre l'homophobie, plus(se) de vélos mis à la disposition des habitants, un « point vert » sur le CO2, un nouveau sondage sur la consommation d'eau. Une nouvelle journée mondiale de lutte contre les inégalités, une déclaration d'Angelina Jolie qui apporte son soutien au Soudan-Tibet-Timor oriental.
Une fois installé à Montréal, le militant Greenpeace avec sa barbe taillée et son collier de coquillages se délecte d'être en tee-shirt en janvier, tandis que la température extérieure fait pourtant exploser les arbres et geler les narines. L'étudiante en espagnol-FLE-sciences du langage rêve d'aller à New York, prendre les mêmes photos de taxis jaunes que les millions de touristes qui l'ont précédée. Elle se dédouanera en prenant quelques clichés de street art avant d'aller à une messe gospel à Harlem. Elle ira avec sa coloc à Times Square et à la boutique MM's, qui pétrifie de honte et de dégoût tout être normalement humain. Un dégueulis permanent de bonbons, qui coulent d'un tuyau avant d'aller directement à la poubelle. Des bœufs à carte Visa qui en prennent des poignées pour les bouffer, sous l’œil complaisant du vigile épuisé, qui a du supporter au moins une heure de transports en commun pour aller "travailler". Le non-sens à chaque coin de rue. Le vide comme leitmotiv.
Mais donc, les vraies choses, elles sont où ? Sur des kilomètres d'autoroute, des containers en provenance de Chine, des nappes phréatiques polluées, des mines d'Afrique, des multi-nationales qui nous feront bientôt acheter notre propre pisse pour la boire (« Urea, riche en oligo-éléments »), des immigrants venus travailler quelques années avant de patauger dans le consumérisme, eux aussi. Des immigrants dans lesquels on peine à voir le Che. Des mamas africaines qui portent le petit dernier en écharpe, tandis que l'aîné écoute Rihanna sur son iPod.
Visionnage du documentaire « Le déshonneur des casques bleus » en classe. Le film est à la limite du supportable, relatant des exactions commises par les soldats de l'ONU sur des populations civiles en République démocratique du Congo et au Kosovo. Le docu s'arrête sur une note pessimiste et une musique tire-larmes. Le chargé de cours, revenu du Darfour et de Colombie depuis quelques mois, demande si quelqu'un a une remarque à faire. Une québécoise à dreadlox prend la parole. Elle demande comment signer la feuille de présence, pour avoir le point de participation. Personne n'a strictement rien à battre de ce qui se passe une fois passées les frontières de la « Belle » province. On ne fait même pas semblant d'être ouvert sur le monde, ici. Tout sujet de conversation (Mao, la tarte à la citrouille, la blénorragie, le dernier cours en amphi) débouche automatiquement sur la guerre sans relâche qu'ont mené les Québécoises et Québécois contre l'infâmeHitler Jean Charest, qui voulait augmenter les frais de scolarité. Un sous mai 68, la créativité et le risque en moins. Une rébellion en barquette, y a plus qu'à passer au four à micro-ondes.
Le moniteur demande alors si il y a un Péruvien dans la salle. Un type avec une casquette NYC lève la main en disant « yes ? », d'un ton mal assuré. On lui demande si il connait un livre écrit par un écrivain de son pays, un certain Vargas Llosa. Le Péruvien fait la moue. Il ne connait pas Vargas Llosa. Vu le contexte, je comprends où notre nounou qui projette des films, veut en venir. Je lui dis « Pantaleón y las visitadoras ». Il me regarde, amusé et désabusé. Complicité dans la fin de l'Histoire.
Ici, c'est le règne de la voiture ce qui, ce n'est pas paradoxal, rend les rues très silencieuses. Un silence presque angoissant. Tout le monde a, sans se fatiguer ni lutter contre des éléments pourtant hostiles, plus que le minimum vital. Pourquoi se parler et s'aider alors ? Oubliez votre salon qui se transforme en dépotoir du vendredi au dimanche soir. Les gens ne se reçoivent pas chez eux.
Le féminisme a coupé toutes les couilles et épilé tous les torses ; si une belle femme passe dans la rue, personne ne se retourne sur son passage. On ne voit pas les sexes, ni la beauté, ni la connerie de l'existence. Les adolescents ne jouent plus à la séduction, les jeunes garçons ne parlent pas de filles, mais les filles parlent des garçons comme de jouets. On ne dit plus « mademoiselle » depuis longtemps. On appelle « madame » des petites filles qui se maquillent et des vieilles dames qui liftent leur visage. Les femmes qui se marient ne prennent pas le nom de leur époux. Les professeurs reçoivent leurs étudiants avec la porte ouverte, preuve que le harcèlement ne sera pas toléré dans ce pays exemple de la sociale-démocratie.
L'Amérique du Nord, c'est aussi un bon test pour déterminer qui est vraiment en opposition contre ce système. Ici, tous les étudiants altermondialistes - en France - ne trouvent rien à redire au gaspillage permanent, aux courgettes emballées par deux, au camion-neige qui passe dans la rue même quand il n'y a pas de neige, à la chasse d'eau qui se déclenche automatiquement, au métro surchauffé l'hiver. Ce même métro aux écrans plasma qui font défiler des non-nouvelles tout au long de la journée. L'« actu » se résume à des conversations molles à Québec sur l'énième amendement d'une loi de lutte contre l'homophobie, plus(se) de vélos mis à la disposition des habitants, un « point vert » sur le CO2, un nouveau sondage sur la consommation d'eau. Une nouvelle journée mondiale de lutte contre les inégalités, une déclaration d'Angelina Jolie qui apporte son soutien au Soudan-Tibet-Timor oriental.
Une fois installé à Montréal, le militant Greenpeace avec sa barbe taillée et son collier de coquillages se délecte d'être en tee-shirt en janvier, tandis que la température extérieure fait pourtant exploser les arbres et geler les narines. L'étudiante en espagnol-FLE-sciences du langage rêve d'aller à New York, prendre les mêmes photos de taxis jaunes que les millions de touristes qui l'ont précédée. Elle se dédouanera en prenant quelques clichés de street art avant d'aller à une messe gospel à Harlem. Elle ira avec sa coloc à Times Square et à la boutique MM's, qui pétrifie de honte et de dégoût tout être normalement humain. Un dégueulis permanent de bonbons, qui coulent d'un tuyau avant d'aller directement à la poubelle. Des bœufs à carte Visa qui en prennent des poignées pour les bouffer, sous l’œil complaisant du vigile épuisé, qui a du supporter au moins une heure de transports en commun pour aller "travailler". Le non-sens à chaque coin de rue. Le vide comme leitmotiv.
Mais donc, les vraies choses, elles sont où ? Sur des kilomètres d'autoroute, des containers en provenance de Chine, des nappes phréatiques polluées, des mines d'Afrique, des multi-nationales qui nous feront bientôt acheter notre propre pisse pour la boire (« Urea, riche en oligo-éléments »), des immigrants venus travailler quelques années avant de patauger dans le consumérisme, eux aussi. Des immigrants dans lesquels on peine à voir le Che. Des mamas africaines qui portent le petit dernier en écharpe, tandis que l'aîné écoute Rihanna sur son iPod.
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Visionnage du documentaire « Le déshonneur des casques bleus » en classe. Le film est à la limite du supportable, relatant des exactions commises par les soldats de l'ONU sur des populations civiles en République démocratique du Congo et au Kosovo. Le docu s'arrête sur une note pessimiste et une musique tire-larmes. Le chargé de cours, revenu du Darfour et de Colombie depuis quelques mois, demande si quelqu'un a une remarque à faire. Une québécoise à dreadlox prend la parole. Elle demande comment signer la feuille de présence, pour avoir le point de participation. Personne n'a strictement rien à battre de ce qui se passe une fois passées les frontières de la « Belle » province. On ne fait même pas semblant d'être ouvert sur le monde, ici. Tout sujet de conversation (Mao, la tarte à la citrouille, la blénorragie, le dernier cours en amphi) débouche automatiquement sur la guerre sans relâche qu'ont mené les Québécoises et Québécois contre l'infâme
Le moniteur demande alors si il y a un Péruvien dans la salle. Un type avec une casquette NYC lève la main en disant « yes ? », d'un ton mal assuré. On lui demande si il connait un livre écrit par un écrivain de son pays, un certain Vargas Llosa. Le Péruvien fait la moue. Il ne connait pas Vargas Llosa. Vu le contexte, je comprends où notre nounou qui projette des films, veut en venir. Je lui dis « Pantaleón y las visitadoras ». Il me regarde, amusé et désabusé. Complicité dans la fin de l'Histoire.
| Ouch ! |
| La Voiture, la Fac et dieu |
| Tout à portée de la main. Sauf le toit sur la tête. |
| Fitter, happier |
| Ça fait pas bander, le continent de la liberté ? |
| Quand il y a un Starbucks tous les 100 mètres, c'est difficile d'y échapper. Mea maxima culpa. Au moins on y trouve l'inspiration. |



